En français, difficile de passer une journée sans croiser faire. On fait du sport, on fait attention, on fait une pause… Bref, le mot s’invite partout. Et c’est précisément pour ça qu’il finit par poser problème : une hésitation, une terminaison mal entendue, et la faute reste présente noir sur blanc. L’idée n’est pas d’empiler des règles, mais de comprendre les formes utiles, celles qu’on rencontre vraiment, et de les retenir sans s’arracher les cheveux.
Vous bloquez sur “je fais” ou “j’ai fait” ? On part de là
Dans la vraie vie, la question arrive rarement en mode “cours de grammaire”. Il faut répondre à un message, corriger une phrase, ou aider sur un exercice. Et là, le doute apparaît : quel temps choisir, et surtout quelle forme écrire ? Avec faire, ça se complique un peu parce qu’il s’utilise au présent, à l’imparfait, au futur, au passé composé… et que certaines formes semblent “se ressembler” alors qu’elles ne jouent pas le même rôle.
Pour les temps de récit, un repère utile existe : conjugaison du passé simple. Ce rappel aide à distinguer ce qu’on lit (roman, manuel) de ce qu’on écrit au quotidien, et à remettre de l’ordre quand plusieurs temps se répondent.
“Faire”, c’est quel type de verbe au juste ?
Faire est un verbe irrégulier du 3e groupe. Autrement dit : on retient des formes plutôt qu’un modèle unique. Le radical change selon les personnes (“fais / faisons / font”), ce qui surprend au début. Pourtant, le participe passé reste stable : “fait”. Une petite respiration dans ce bazar, oui.
À ce titre, connaître deux ou trois formes “piliers” simplifie énormément la suite, notamment au présent de l’indicatif et dans les temps à base fer-. Beaucoup se plantent en voulant tout mémoriser d’un coup ; mieux vaut y aller par blocs, puis recoller les morceaux.
Le présent de l’indicatif : le tableau à connaître
Le présent de l’indicatif sert tout le temps : actions du quotidien, habitudes, vérités générales. Donc autant le sécuriser, même si ça paraît basique. C’est souvent sur le “tout bête” que les copies se fissurent.
Tableau clair au présent
- Je fais
- Tu fais
- Il/elle/on fait
- Nous faisons
- Vous faites
- Ils/elles font
Astuce simple (et étonnamment efficace) : en cas de doute, revenir à “nous faisons”. Cette forme “tient” bien à l’oreille et évite de glisser vers des graphies inventées. Autre point : “ils font” reste court, sans “s”. Détail minuscule, mais c’est typiquement le genre de piège qui revient quand on écrit vite, tard, ou en se relisant à moitié.
Imparfait : quand l’action dure ou se répète
L’imparfait installe une habitude, une description, un contexte. Il sert quand l’action n’est pas vue comme un point net, mais comme quelque chose qui se prolonge. On décrit, on explique, on plante le décor. Et, dans un récit, c’est lui qui donne la texture.
- Je faisais
- Tu faisais
- Il/elle/on faisait
- Nous faisions
- Vous faisiez
- Ils/elles faisaient
Conseil concret : partir de “nous faisions” pour retrouver le radical, puis ajouter les terminaisons. Exemple : “À cette époque, il faisait plus froid” ou “On faisait souvent la même route”. Ce temps rend les choses présentes comme une ambiance, pas comme un événement unique. Quand une phrase hésite entre “faisait” et “a fait”, une question aide : l’action se répétait-elle, ou s’est-elle produite une fois, point ?
Futur : la base “fer-” à retenir
Le futur est plus simple qu’il n’en a l’air. Le piège, c’est l’orthographe : on écrit fer-, pas “fair-”. Une fois ce point réglé, tout s’aligne. Certains retiennent “fer” comme dans “fermer” : ça n’a rien à voir, certes, mais ça évite bien des “fairai” improvisés.
- Je ferai
- Tu feras
- Il/elle/on fera
- Nous ferons
- Vous ferez
- Ils/elles feront
On l’emploie pour une décision, une promesse, une projection : “Vous le ferez demain”, “On le fera plus tard”. Le futur annonce clairement la suite, sans nuance de réserve. Et si une phrase contient “demain”, “bientôt”, “la semaine prochaine”, le cerveau peut déjà se mettre en mode “fer-”.
Passé composé : “j’ai fait”, la forme réflexe
Le passé composé raconte une action terminée. Construction simple : auxiliaire avoir + “fait”. Rien d’exotique, et c’est tant mieux. Attention tout de même à l’accord : avec “avoir”, “fait” reste le plus souvent inchangé.
- J’ai fait
- Tu as fait
- Il/elle/on a fait
- Nous avons fait
- Vous avez fait
- Ils/elles ont fait
Pour choisir entre passé composé et imparfait, un repère marche bien : action courte, datée, terminée = “a fait”. Contexte, répétition, habitude = “faisait”. Et oui, la confusion arrive vite, surtout quand la phrase reste présente dans la tête mais qu’elle parle du passé. Exemple : “Hier, il a fait la vaisselle” (action finie) versus “Quand il était petit, il faisait la vaisselle” (habitude).
Plus-que-parfait : “j’avais fait”, quand c’était déjà terminé
Le plus-que-parfait sert à indiquer qu’une action était finie avant une autre action passée. Il se construit comme le passé composé, mais avec l’auxiliaire à l’imparfait : “j’avais fait”, “nous avions fait”, “vous aviez fait”.
Exemple : “Quand il est arrivé, nous avions déjà fait le nécessaire.” Cette forme est pratique pour remettre une chronologie au clair, surtout dans un récit de faits. Si l’on entend “déjà”, “avant de”, “une fois que”, ce temps n’est jamais loin.
Passé antérieur : surtout dans les récits
Le passé antérieur apparaît dans un style soutenu, souvent avec le passé simple. Il marque une action achevée juste avant une autre, comme un “juste avant” narratif. On le rencontre plus qu’on ne l’écrit, toutefois il vaut mieux le reconnaître, ne serait-ce que pour comprendre une phrase du premier coup.
- J’eus fait
- Tu eus fait
- Il/elle/on eut fait
- Nous eûmes fait
- Vous eûtes fait
- Ils/elles eurent fait
En lecture, ce temps se repère vite : auxiliaire au passé simple + “fait”. Une fois ce mécanisme réglé, il devient moins intimidant. Et si un passage semble “solennel”, c’est souvent un indice de ce registre.
Passé simple : à reconnaître (même sans l’utiliser souvent)
Le passé simple est fréquent en littérature. Il faut au moins savoir l’identifier pour ne pas le confondre avec un présent ou une forme proche. Beaucoup d’élèves l’évitent à l’écrit, et c’est normal ; l’objectif, ici, c’est surtout de ne pas se faire surprendre.
- Je fis
- Tu fis
- Il/elle/on fit
- Nous fîmes
- Vous fîtes
- Ils/elles firent
Le circonflexe aide : “fîmes”, “fîtes”. Et “ils firent” se repère en contexte narratif, quand des actions s’enchaînent : “Il entra, il vit, il fit”. C’est presque du montage cinéma.
Conditionnel : “je ferais” si…
Au conditionnel présent, on reprend la base du futur (fer-) et on ajoute les terminaisons de l’imparfait. Cette proximité explique beaucoup d’hésitations. Une lettre change, et le sens bascule.
- Je ferais
- Tu ferais
- Il/elle/on ferait
- Nous ferions
- Vous feriez
- Ils/elles feraient
Test rapide : si la phrase implique une condition (“si…”, “au cas où…”) ou une politesse, le conditionnel est souvent le bon choix. Sinon, on revient au futur. Et quand le doute reste présent, il suffit parfois de reformuler : “dans ce cas, il le ferait” / “c’est décidé, il le fera”. Deux phrases, deux musiques.
Subjonctif : “il faut que…” et les formes en fass-
Le subjonctif arrive après “il faut que”, “bien que”, “pour que”. Avec faire, on retient surtout le radical “fass-”. C’est le repère. Une fois qu’il est en place, les terminaisons suivent presque toutes seules.
- Que je fasse
- Que tu fasses
- Qu’il/elle/on fasse
- Que nous fassions
- Que vous fassiez
- Qu’ils/elles fassent
Au subjonctif passé (forme composé), on dira : “Il faut que nous ayons fait”. Et pour varier les personnes : “Je doute qu’il ait fait exprès”, “Je veux que tu aies terminé”, “Il faut que vous ayez le bon document”. Oui, ces petites formes comptent, notamment dans les consignes, les mails, les échanges un peu formels.
Subjonctif imparfait : rare, mais utile à reconnaître
Le subjonctif imparfait appartient surtout à la langue littéraire. Il ne sert presque jamais dans un message courant, mais il peut apparaître dans un texte étudié. Le but : le repérer, pas le recycler à tout prix.
- Que je fisse
- Que tu fisses
- Qu’il fît
- Que nous fissions
- Que vous fissiez
- Qu’ils fissent
Et il existe aussi des formes composées, qu’on rencontre en lecture : que j’eusse fait, que tu eusses fait, que nous eussions fait, que vous eussiez fait. Dans le même registre : que nous eussions agi autrement, que vous eussiez compris plus tôt… C’est un monde à part, oui, mais on s’y habitue dès qu’on cesse de lutter contre le style.
Impératif : pour donner une consigne
À l’impératif, trois formes seulement. C’est pratique, et ça se réutilise immédiatement. Attention au ton : selon le contexte, ça peut sonner sec, ou simplement clair.
- Fais
- Faisons
- Faites
Ces formes servent dans une instruction : “Fais attention”, “Faisons le point”, “Faites-le maintenant”. Petit rappel souvent oublié : “Fais” ne prend pas de “s” final devant “en” et “y” (“Fais-en”, “Fais-y”). C’est le genre de détail appris, puis perdu, puis retrouvé un jour en corrigeant un message.
Infinitif, participe présent : les formes qu’on oublie
L’infinitif, c’est “faire”. Il sert après un autre verbe : “Je vais faire”, “Il veut faire”. Le participe présent, c’est “faisant”, et le gérondif : “en faisant”. On les utilise pour indiquer une manière ou une action simultanée, par exemple dans une consigne (“En faisant ceci, vous gagnez du temps”). Utile, oui ; à saupoudrer, pas à empiler.
Les pièges fréquents : ceux qui tombent dans les copies
Certains détails reviennent, encore et encore. Et ce sont souvent eux qui laissent une faute bien présente dans un texte. Rien de honteux : c’est juste le signe que faire n’est pas un verbe “sage”.
- Vous faites, sans tréma : ce point est vite réglé quand on l’a vu une fois.
- Ils font, sans “s”.
- Je ferai (certitude) vs “je ferais” (hypothèse) : le duo futur / conditionnel revient sans arrêt.
Une méthode simple : revenir à une forme pilier. Pour le présent, “nous faisons”. Pour le futur, “nous ferons”. Ce petit retour évite d’écrire “au feeling”, surtout quand la phrase s’allonge, qu’on ajoute des compléments, et qu’on oublie la base en route.
“Faire” dans les expressions : pourquoi tout se mélange
Faire apparaît dans une foule d’expressions : faire attention, faire partie, faire savoir… Le piège, c’est de croire que l’expression impose une forme. En réalité, c’est le temps qui change : présent, imparfait, futur, etc. L’expression, elle, ne bouge pas.
Un indice très concret : les marqueurs temporels. “Hier” appelle souvent un passé, “demain” un futur, “souvent” un imparfait ou un présent. Ça paraît évident… jusqu’au moment où la phrase se remplit et que le cerveau choisit la première forme venue. Mieux vaut respirer, relire, et repérer ces mots-là.
Astuces pour mémoriser sans apprendre 15 tableaux
Pour retenir la conjugaison sans se disperser, quelques ancrages suffisent, à revoir progressivement. Une minute ici, trente secondes là. C’est souvent plus rentable qu’une heure d’un bloc.
- Présent : nous faisons
- Imparfait : nous faisions
- Futur : nous ferons
- Passé composé : nous avons fait (et, au subjonctif passé : que nous ayons fait)
- Subjonctif : que nous fassions
En prime, ne pas confondre “fait” et “faits”. “Les faits” (un nom) n’a pas le même sens que “il a fait” (le verbe). Cette confusion arrive quand on relit trop vite, ou quand on corrige en pensant à autre chose. Une relecture lente, une seule, règle souvent la moitié des soucis.
Mini-test : quelle forme choisir ?
Quatre phrases, juste pour activer les bons réflexes :
- Chaque lundi, elle ______ du sport. (présent)
- Demain, vous ______ le point. (futur)
- Si tout était plus simple, il ______ moins d’erreurs. (conditionnel)
- Il faut que nous ______ attention. (subjonctif)
Réponses : fait / ferez / ferait / fassions. Et si ça coince, retour aux piliers : “nous faisons”, “nous ferons”, “que nous fassions”. Basique, oui. Efficace, surtout quand la pression monte.
Ouverture : et dans d’autres langues ?
Petit détour utile : en anglais ou en espagnol, les équivalents ne se recouvrent pas toujours. D’où l’intérêt, parfois, d’une bonne traduction plutôt que d’un calque. Certaines structures passent mal d’une langue à l’autre, et c’est souvent là que les erreurs s’installent, présentes ensuite dans l’écriture.
Et pour ceux qui aiment les curiosités de terminaisons (ou qui les croisent dans des textes) : “ils issent”, “qu’ils assent”, ou même “nous aurions” appartiennent à d’autres modèles. Rien à apprendre ici pour faire, mais savoir que ces finales existent évite de paniquer quand elles apparaissent dans un corrigé ou une page de grammaire.
Sources :
- https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9F0112
- https://leconjugueur.lefigaro.fr/conjugaison/verbe/faire.html
