« Monter en haut », « descendre en bas », « prévoir à l’avance », « au jour d’aujourd’hui »… Ces tournures sortent sans effort, au bureau comme à la maison. Le pléonasme n’est pas seulement une “faute” qu’on traque à l’école : c’est un réflexe de langage, un outil d’insistance, parfois une maladresse, parfois un vrai choix de style. L’objectif ici : apprendre à les repérer vite, comprendre pourquoi l’esprit en fabrique autant, et décider quoi couper — ou garder — pour écrire plus net, sans perdre sa voix.
À retenir
- Le pléonasme est une figure de doublon : deux mots portent la même information dans la même phrase.
- À l’oral, les pléonasmes passent souvent ; à l’écrit, ils se voient et pèsent sur le style.
- Le test le plus fiable : retirer un mot et vérifier si le sens change.
- Un pléonasme peut être fautif (inutile) ou stylistique (insistance, rythme) : tout dépend de l’intention.
- Relire en ciblant d’abord les verbes, puis les qualificatifs : c’est rapide et ça améliore aussi l’orthographe.
Dans les échanges rapides (messages, réunions, notes vocales), tout le monde vise la même chose : être compris tout de suite. Alors on appuie. On double l’information dans la même phrase. Et c’est là que le pléonasme s’invite, presque gentiment, comme une ceinture et des bretelles. Le plus surprenant ? Même avec un bon niveau de français, même en soignant l’orthographe, ces doublons restent fréquents. Non pas par manque de maîtrise, mais parce qu’ils suivent des mécanismes très humains : rythme, stress, précision, politesse, peur d’être mal compris.
Vous en dites déjà… sans y penser
« Avancer en avant. » « Répéter encore. » « Se réunir ensemble. » L’oreille les accepte, surtout à l’oral. Et dans une conversation, personne ne s’arrête pour découper la phrase au scalpel. Concrètement, le pléonasme est partout parce qu’il sert souvent à sécuriser le message : on ajoute un mot “en plus” pour être certain que le sens passe.
En 2026, les habitudes d’écriture ont aussi changé : plus de messages courts, plus d’écrits semi-oraux (chat pro, messagerie instantanée). Le rapport Digital 2026 Global Overview Report (DataReportal) rappelle l’ampleur des usages : 5,35 milliards d’internautes et plus de 5,2 milliards d’utilisateurs de réseaux sociaux dans le monde (ordres de grandeur rapportés pour 2026). Dans ces formats, on privilégie la vitesse. La vitesse fabrique de la redondance. Pas par paresse : par économie d’attention.
À ce titre, le pléonasme devient une sorte de “bruit utile”. Utile… jusqu’au moment où l’écrit fige la tournure : dans un email, un CV, un devoir, un compte rendu. Là, ce qui passait “naturellement” se voit — et peut donner une impression de flou, voire d’approximation d’orthographe ou de style.
Pléonasme, au juste : de quoi parle-t-on ?
Un pléonasme, c’est une figure (ou une tournure) où la même information est dite deux fois, à l’intérieur d’un même groupe de mots ou d’une même phrase. Le mécanisme est simple : un mot contient déjà une partie du sens que l’autre répète. Résultat : ça “double”.
Attention : le pléonasme n’est pas automatiquement une erreur. Comme beaucoup de figures, il a deux visages. Involontaire, il alourdit. Volontaire, il crée un effet : insistance, oralité, intensité, rythme. L’enjeu, quand on veut écrire avec précision, consiste donc moins à traquer tous les pléonasmes qu’à trier : lesquels servent le propos, lesquels le parasitent ?
Le petit test qui marche souvent
Le test le plus fiable est bête, mais efficace : retirer un mot. Si le sens reste identique, suspicion de pléonasme. Si le sens change, alors le mot retiré avait un rôle (nuance, intensité, contexte).
Exemple de méthode (sans jouer au professeur sévère) :
- Étape 1 : isoler le duo (souvent un verbe + complément, ou un nom + adjectif).
- Étape 2 : supprimer le terme qui semble “en trop”.
- Étape 3 : relire la phrase à voix basse : le sens est-il intact ?
Ce test aide aussi en orthographe : une phrase plus courte, c’est souvent moins d’accords risqués, moins de virgules hésitantes, et des verbes plus nets.
Pourquoi notre cerveau en produit autant
Le pléonasme naît rarement “par hasard”. Il sort de trois réflexes très courants :
- Automatisme : certaines tournures sont apprises comme des blocs. On les répète telles quelles, même si elles contiennent une répétition interne.
- Souci de précision : on veut cadrer, éviter l’ambiguïté, surtout quand le contexte est flou (message rapide, consigne, procédure).
- Oralité : à l’oral, l’intonation porte une partie du sens. À l’écrit, on compense parfois avec un mot en plus. Le style “parlé” déborde.
Dans les formations linguistiques (FLE, préparation au DELF/DCL), ce point revient souvent : l’apprenant croit renforcer l’énoncé en ajoutant un terme, mais crée un pléonasme qui trahit surtout l’hésitation. Ce n’est pas grave. C’est une étape. Et c’est corrigeable, progressivement, avec un bon tri des mots.
Pléonasme, redondance, répétition, tautologie : on mélange tout, non ?
Oui, et c’est normal : tout ressemble à “dire deux fois”. Pourtant, différencier ces termes aide concrètement à écrire mieux, avec plus de contrôle sur le style — et sur l’efficacité d’un discours professionnel ou académique.
| Notion | Définition utile | Ce qui se passe dans la phrase | Impact sur le style | Réflexe de correction |
|---|---|---|---|---|
| Pléonasme | Deux mots (ou groupes) portent la même information au même endroit | Doublon interne (souvent verbe + complément, ou nom + qualificatif) | Peut alourdir… ou insister | Supprimer un des deux, ou assumer l’insistance |
| Répétition | Le même mot revient plusieurs fois | Reprise visible, parfois involontaire | Monotone si subi, rythmique si voulu | Varier le vocabulaire, ou structurer la reprise |
| Redondance | Information en trop, pas forcément avec les mêmes mots | Une partie du sens est répétée inutilement | Allonge sans apporter | Couper la partie “déjà dite” |
| Tautologie | Même idée reformulée comme une évidence | On “tourne” autour du même sens | Peut sonner creux si non justifiée | Remplacer par une précision, un fait, une conséquence |
Une différence utile quand vous écrivez
Dans un rapport, une lettre, un mail client, le pléonasme se repère vite car il gonfle la phrase sans augmenter la précision. Pourtant, une répétition peut parfois servir le style (rythme, martèlement), alors qu’une tautologie peut donner l’impression de ne rien dire. En distinguant ces figures, on évite la surcorrection : tout couper, tout lisser, et finir avec un texte sec, sans voix.
Les pléonasmes du quotidien : ceux qui reviennent tout le temps
Voici des pléonasmes très fréquents, entendus partout. L’intérêt n’est pas de juger, mais de reconnaître les automatismes — et de décider, selon le contexte, s’il vaut mieux alléger la phrase.
| Pléonasme courant | Pourquoi c’est un doublon | Version allégée | Quand le garder | Quand le couper |
|---|---|---|---|---|
| Monter en haut | “Monter” implique déjà une direction vers le haut | Monter | Oral, consigne pressée, besoin d’insister | Écrit formel, consigne claire, texte pédagogique |
| Descendre en bas | “Descendre” implique déjà le bas | Descendre | Conversation spontanée | Document, email professionnel |
| Prévoir à l’avance | Prévoir = anticiper | Prévoir / anticiper | Si l’objectif est de marteler une consigne | Planning, compte rendu |
| Au jour d’aujourd’hui | “Aujourd’hui” suffit | Aujourd’hui | Oral, ton volontairement solennel | CV, lettre, examen de français |
| Voire même | “Voire” contient déjà l’idée d’ajout | Voire / même | Oral, emphase assumée | Écrit argumentatif |
| Se réunir ensemble | Se réunir = être ensemble | Se réunir | Conversation, invitation | Procès-verbal, note interne |
Les “petits mots” qui ajoutent du bruit
Certains mots n’ont rien de “faux”, mais déclenchent facilement un pléonasme quand ils s’empilent. Dans la pratique, les coupables sont des adverbes et des marqueurs d’oralité : “déjà”, “en fait”, “du coup”, “vraiment”, “au final”. Pris un par un, ils donnent un ton. Accumulés, ils brouillent le style et rallongent la phrase.
Le bon réflexe n’est pas la chasse aux sorcières. C’est une règle simple : garder un seul marqueur fort par phrase, pas trois. Résultat : un sens plus lisible, et souvent une meilleure orthographe (moins de virgules posées “au ressenti”).
À l’oral, ça passe. À l’écrit, ça se voit.
À l’oral, le pléonasme se fond dans le flux. Il sert parfois de signal : “attention, c’est important”. À l’écrit, tout change. L’œil repère la répétition interne, et l’oreille mentale entend une phrase qui traîne. Pourtant, un pléonasme discret peut aussi soutenir une voix plus chaleureuse, surtout dans une communication courte et humaine. La clé : cohérence du style avec la situation.
Faute ou figure de style : quand le pléonasme a le droit d’exister
Le pléonasme vit sur une frontière. D’un côté, la maladresse qui dilue le sens. De l’autre, la figure volontaire qui donne du relief. En formation, c’est un point libérateur : “bien écrire”, ce n’est pas supprimer tout ce qui dépasse. C’est choisir.
Le pléonasme “fautif” : quand il alourdit le message
Un pléonasme devient gênant quand il coche au moins deux de ces signaux :
- La phrase s’allonge sans ajouter de précision.
- Le lecteur comprend plus lentement, sans raison.
- Le verbe perd en force, noyé dans un complément inutile.
Dans un texte d’examen, un mémoire, une note professionnelle, ce type de pléonasme donne une impression de manque de maîtrise du style — et parfois, à tort, une impression d’orthographe fragile.
Le pléonasme “stylistique” : quand il sert un effet
Un pléonasme peut aussi être un choix de figure : ralentir pour mettre en valeur, donner une cadence, renforcer une émotion, mimer la parole. Dans ce cas, il ne “fait pas doublon” dans l’esprit du lecteur : il crée un effet de présence.
Le point important : pour que ce style fonctionne, il faut de la maîtrise autour. Une phrase solide, un verbe net, et une intention claire. Sinon, l’option “figure” ressemble à une excuse.
Situations concrètes : où ça joue des tours
Email et documents : la chasse au mot inutile
En email, le pléonasme apparaît souvent dans les formulations polies : on veut adoucir, on ajoute. Or un mail efficace tient sur un point par paragraphe, avec des verbes d’action. Exemple de stratégie : couper les doublons, garder la politesse, et renforcer le verbe principal.
Bon réflexe : relire en ne regardant que les verbes. Si un verbe porte déjà le sens, le complément redondant devient visible. En prime, l’orthographe s’en ressent : moins de mots, moins d’accords à risquer.
CV, lettre, candidature : la densité d’abord
Dans un CV, chaque ligne compte. Un pléonasme se voit immédiatement parce que l’espace est rare. Ici, la règle est simple : un verbe fort + un résultat. Couper le reste. Le style gagne en impact, et la phrase respire.
Story, commentaire, conversation : le rythme avant tout
Sur les réseaux, dans une conversation, la priorité n’est pas la pureté académique : c’est le rythme, l’énergie, la spontanéité. Un pléonasme léger peut aider à rendre une intention plus lisible, surtout quand le message est court et sans contexte. Là encore : cohérence. Si tout le texte est nerveux et précis, un doublon soudain se voit. Si le texte est oral, il passe.
Comment corriger un pléonasme sans abîmer le texte
Corriger un pléonasme, ce n’est pas “appauvrir”. C’est récupérer de la netteté, et souvent du style. Trois options, à choisir selon l’intention.
Option 1 : supprimer (le réflexe simple)
Supprimer un terme, puis vérifier la grammaire : accord, préposition, rythme de la phrase. Cette option est la plus rapide. Elle marche très bien sur les doublons mécaniques (direction, temps, évidence).
Option 2 : remplacer par un mot plus précis
Parfois, le problème vient d’un verbe trop vague. On rajoute un complément pour “aider”. La solution : choisir un verbe qui porte déjà le sens. Un mot précis remplace deux mots moyens. Et la phrase devient plus propre, plus facile à relire, plus sûre côté orthographe.
Option 3 : assumer l’effet… mais le placer au bon endroit
Si le pléonasme est gardé pour une intention (insistance, oralité), autant le placer là où il sert : une phrase clé, un passage émotionnel, une transition. Un seul pléonasme assumé peut marquer une voix. Trop de doublons, eux, fatiguent.
Les pièges classiques quand on veut “bien écrire”
Vouloir faire sérieux : et finir plus lourd
Le registre administratif adore empiler : deux noms proches, deux adverbes de prudence, une tournure qui répète le sens “pour être sûr”. Résultat : phrase longue, style épais, lecture lente. Dans le doute, revenir à une structure simple : sujet + verbe + complément utile. Tout ce qui ne sert ni le sens, ni le rythme, ni la nuance peut partir.
La surcorrection : quand on coupe trop
À force de traquer le pléonasme, on peut fabriquer l’inverse : une phrase trop sèche, sans liant. Or le style n’est pas une démonstration de sobriété : c’est une communication. Garder une tournure un peu orale peut aider un lecteur non natif, notamment en FLE, à suivre plus facilement. L’objectif : clarté, pas maniéré.
Repère simple : garder, couper, ou déplacer
Repère opérationnel : garder un pléonasme s’il sert la compréhension immédiate ou un style oral assumé. Couper s’il n’ajoute rien, s’il rallonge la phrase et affaiblit le verbe. À ce titre, la langue progresse quand chaque mot travaille, plutôt que d’occuper le terrain.
Petit détour, parce que la question revient souvent en cours : certains apprenants comparent ça à un code qui “compile”. Si une instruction ne sert à rien, on la supprime ; si elle sert à clarifier, on la garde. Même logique en rédaction.
Repérage et correction, cas par cas
Ce tableau est pensé pour être copié-collé, trié, et réutilisé en atelier d’écriture (notamment en FLE). Chaque ligne se traite indépendamment : une alerte, une explication, une correction, et une option “effet”.
| Type | Tour employé | Pourquoi c’est un pléonasme | Correction conseillée | Option “effet” (quand l’assumer) | Attention orthographe / accord |
|---|---|---|---|---|---|
| Direction | Monter en haut | Le verbe contient déjà la direction | Monter | Consigne urgente, oral, sécurité | Rien à régler, mais éviter d’ajouter d’autres adverbes |
| Temps | Prévoir à l’avance | Prévoir implique l’anticipation | Prévoir / anticiper | Pour marteler une priorité dans une réunion | Vérifier le pluriel des compléments (dates, échéances) |
| Intensité | Voire même | “Voire” porte déjà l’ajout | Voire | Oral, effet d’escalade assumé | Éviter l’empilement “voire même, en fait, du coup” |
| Collectif | Se réunir ensemble | Se réunir = être ensemble | Se réunir | Invitation conviviale | Attention aux verbes pronominaux à l’écrit |
| Formule figée | Au jour d’aujourd’hui | “Aujourd’hui” suffit | Aujourd’hui | Discours solennel (rarement utile) | Dans un écrit académique, préférer une date précise |
Dans une approche sérieuse — et accessible — de la langue, le pléonasme ne mérite ni procès, ni indulgence automatique. La communication va vite, la langue circule entre oral et écrit, et la tentation de répéter pour “sécuriser” le message est partout : dans la vie pro, en cours, dans un discours, même dans des copies très travaillées. Progresser, c’est rendre le texte plus précis, pas plus long. Couper quand la phrase s’alourdit. Garder, parfois, quand la figure apporte un effet utile — comme une pierre bien posée dans un chemin : elle ne fait pas joli, elle fait tenir l’ensemble. Et si un doute persiste, un détour par l’étymologie (ou par le dictionnaire) règle souvent le débat.
Sources :
- cnrtl.fr
- larousse.fr
- dictionnaire-academie.fr
- franceterme.culture.fr
- datareportal.com
